Azawad-Mali : quand le principe de réalité rattrape enfin le terrain

Vue d'ensemble assemblée Temoust ODTE

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Depuis l’attaque spectaculaire du 25 avril au Mali, qui a visé plusieurs villes simultanément, la question de l’Azawad a pris un nouveau tournant. Le pouvoir militaire voit l’un de ses principaux arguments de légitimation s’effriter aux yeux de ses soutiens, tandis que l’horizon politique s’assombrit davantage. La mort, lors de l’attaque de Bamako, du ministre de la Défense Sadio Camara, a précipité la Transition dans une situation de non-retour, déjà fragilisée par des tensions internes et par la pression croissante des groupes armés non étatiques (GAN).

Considéré comme le numéro deux du régime et surtout comme le principal idéologue et architecte de l’Alliance des États du Sahel (AES), Sadio Camara incarnait des choix idéologiques qui ont largement contribué à isoler le Sahel central et à plonger les trois pays membres (Mali, Niger et Burkina Faso) dans une impasse à la fois existentielle et géopolitique. Sa disparition rebat les cartes : il s’agit désormais de limiter les dégâts et de tenter de revenir à une gouvernance réaliste, centrée sur les intérêts des populations avant toute autre considération. Le populisme qui prévaut depuis l’avènement de ces régimes militaires a profondément désorienté les citoyens, désormais nombreux à ne plus pouvoir suivre des choix hasardeux dont les limites apparaissent aujourd’hui au grand jour.

Cette désorientation a trouvé un relais tout trouvé sur les réseaux sociaux, où les fanfaronnades de quelques figures se réclamant du panafricanisme ont prospéré, avec la complaisance de certains médias en quête de positionnement idéologique. Les juntes sahéliennes avaient cru trouver en eux des maîtres à penser ; elles découvrent aujourd’hui des charlatans opportunistes, au service d’intérêts étrangers à la région, voire au continent tout entier. Ces influenceurs se sont nourris des fragilités des régimes militaires et d’un climat de paranoïa qu’ils ont eux-mêmes contribué à entretenir — un climat qui a longtemps étouffé les dimensions constructives susceptibles de donner davantage de crédibilité à leur projet politique pour la sous-région.

Au-delà de cette dérive idéologique, c’est sur le terrain que le bilan est le plus accablant. Le régime militaire actuel porte la responsabilité de pogroms ethniques, et les généraux au pouvoir doivent répondre de crimes abominables commis sur des bases communautaires. Le mode opératoire des armées lors des exactions perpétrées contre les civils touaregs, peuls et arabes correspond en tout point à la définition généralement admise du terrorisme. Les responsables politiques et militaires de ces exactions ont davantage leur place devant la Cour pénale internationale qu’à la tête de leurs États.

Dénoncer la politique suicidaire et irresponsable des autorités actuelles ne revient pas à attaquer le Mali bien au contraire. L’État malien et ses institutions sont pris en otage par un système autocentré, dont la politique risque d’achever la dislocation du projet national. La diversion consistant à focaliser l’attention sur Kidal et sur des communautés pastorales globalement amalgamées au terrorisme ne saurait tenir lieu de projet politique. Ceux qui s’engouffrent dans cette grille de lecture contribuent au chaos et à la décomposition du tissu encore embryonnaire d’un Mali « un et indivisible » qu’ils prétendent par ailleurs défendre.

Le principe doit pourtant être simple : une armée nationale qui s’attaque à une partie de sa population sur des bases ethniques devient de fait une milice au service d’intérêts particuliers, et ne saurait revendiquer un quelconque monopole de la violence légitime. Dès lors qu’elle sort de sa mission régalienne de protection des citoyens et du territoire, elle perd toute légitimité aux yeux de la communauté internationale. Cette dérive trouve son prolongement dans une diplomatie malienne marquée par une rhétorique radicale, étrangement décalée par rapport à la posture qu’aurait dictée la realpolitik, au regard de la géographie du pays, de son histoire et, surtout, d’une évaluation objective de ses capacités face aux réalités géopolitiques régionales et internationales.

Pour que la question de l’injustice et de la violence d’État ne reste pas la seule manifestation d’une mauvaise gouvernance portée par une élite avide de pouvoir et dépourvue de vision pour l’avenir de ces pays, il est essentiel que la solidarité entre communautés s’exprime en dehors des cercles associés au régime en place. Or, certains ont jugé pertinent de qualifier l’Azawad de « fabrication », laissant entendre que le Mali, lui, n’en serait pas une. Cette liberté avec l’honnêteté intellectuelle en dit long sur le parti pris de certains « spécialistes », dont la posture et la légitimité prêtent réellement à question.

D’autres, dans le même registre, continuent de relayer l’argument du pouvoir militaire malien selon lequel la France aurait eu tort de ne pas accompagner l’armée malienne à Kidal lors de la reprise de l’Azawad pendant l’opération Serval. Ces spécialistes semblent oublier ou ignorer comment l’armée malienne s’est comportée depuis les années 1990 dans la région de Kidal et dans l’Azawad en général. Pourquoi ne parlent-ils pas des milliers de civils massacrés par cette même armée à Léré, à Gossi, et ailleurs ? De quel État souverain et légitime parle-t-on, lorsque celui-ci massacre régulièrement des civils et mène des opérations régulièrement qualifiées de nettoyage ethnique ? Occulter cet aspect de la situation, par conformisme ou par opportunisme, affaiblit considérablement des analyses qui pourraient, par ailleurs, s’avérer pertinentes.

Abdoulahi ATTAYOUB

Consultant

Lyon (France)          

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